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Perdre la tête de nos jours est vite arrivé. Dans les troubles les plus courants on retrouve la schizophrénie, le trouble bipolaire, la dépression sévère, le trouble de personnalité limite et le trouble obsessionnel-compulsif. Loin de l’image scénarisée de la camisole de force (mais encore utilisée), l’hôpital psychiatrique est parfois le dernier recours pour des familles d’y placer un proche. Pour la Martinique, ce sera le centre hospitalier Maurice Despinoy, anciennement Coulson. Retour sur l’histoire de la psychiatrie en Martinique, de ses premiers cas à ses dérivés actuels.

 

Les premiers cas connus de psychiatrie remontent au temps de l’esclavage. Ce ne sont sûrement pas les premiers cas à proprement parler mais récolter des témoignages d’avant cette période est plutôt compliqué et il faut bien commencer quelque part dirons-nous. Du temps de l’esclavage donc, comment les malades étaient traités ? Au départ, une case était spécialement réservée pour tous types de maladie. Mauvais traitements, trop grandes fatigues ou maladies bénignes étaient soignés quotidiennement par une infirmière. Lorsque le cas était plus grave, un chirurgien faisait le déplacement lorsque c’était possible. Pour les autres qui étaient considérés comme dangereux, ils étaient abandonnés par leurs maitres et enfermés dans un cachot. Cachot qui se retrouvait parfois être leur dernier lieu de résidence.

En 1839 est inaugurée la Maison des Aliénés de Saint-Pierre, ouverte a priori à toutes les populations de l’île mais ce sont surtout les blancs qui y sont admis. Pourquoi ? En grande partie à cause du caractère payant des différents traitements proposés. En effet, il est plutôt rare de voir un maitre payer pour que son esclave dérangé aille se faire soigner. En 1840, elle est rebaptisée la Maison Coloniale de Santé de Saint-Pierre. À l’abolition de l’esclavage en 1848, les noirs sont plus souvent présents et peuvent espérer être pris en charge.

Selon des spécialistes présents sur place, on peut distinguer la folie des noirs de celle des blancs : « La folie du noir est moins bruyante, moins difficile à contenir que celle du blanc ou de l’homme de couleur (mulâtre). Nous ne savons si c’est par suite de l’habitude d’obéissance contractée durant l’esclavage, mais le noir fou résiste moins au moyen de répression. Le plus grand nombre se promènent des journées entières sans dire un mot, la tête basse et le regard de travers ; beaucoup aiment à être nus et se couchent au soleil à ses heures les plus brûlantes. Toujours est-il que cela contraste beaucoup avec la turbulence du blanc et de l’homme de couleur, dont la folie se rapproche plus de la folie des européens. Mêlés aux noirs, dans les cours, ils s’en distinguent par leur loquacité ; ils sont volontaires, insoumis, fanfarons. »

La folie est-elle plus « légitime » chez les noirs à cette époque ? De par leurs conditions, il est évident que la réponse est oui. Les maladies mentales sont en effet liées à des dérèglements dans la chimie du cerveau et de la pensée qui peuvent être déclenchés par des événements et des difficultés de la vie. Plusieurs facteurs peuvent avoir un effet sur le développement de la maladie. À titre d’exemple, au niveau biologique, on peut penser à des traumatismes physiques, des infections et des déséquilibres chimiques dans le cerveau. Pour ce qui est des facteurs psychologiques et sociaux, des éléments tels que l’absence de soutien social, les mauvais traitements, la violence, et les changements importants au cours de la vie peuvent influencer le déclenchement de la maladie. On peut considérer que se faire arracher à sa famille et passer une vie entière à subir des mauvais traitements et travailler durement des heures sous le soleil font partie de ces changements importants dans une vie.

Actuellement, un des cas psychiatriques les plus répandus en Martinique est la schizophrénie. Cette dernière est souvent liée au cannabis, très présent sur l’île. Le cannabis est très consommé par les personnes atteintes de schizophrénie. Son utilisation diminue l’efficacité des traitements et a un impact négatif sur l’évolution de la maladie. Pour certains chercheurs, la consommation de cannabis peut provoquer la survenue de symptômes schizophréniques chez des personnes présentant une vulnérabilité. Des personnes souffrant de schizophrénie croient que cette consommation peut calmer certains symptômes. En fait, ce soulagement est transitoire et la consommation aggrave le pronostic de la maladie.

Le 8 avril 1902, la Montagne Pelée entre en éruption et détruit entièrement la ville de Saint-Pierre et par conséquent l’établissement. La solution de secours est l’ouverture d’un quartier provisoire dans une annexe de la maison d’arrêt de Fort-de-France. Les capacités d’accueil étant limitées et insalubres, les personnes les plus difficiles sont le plus souvent transférées vers l’hôpital psychiatrique de Saint-Claude en Guadeloupe. La situation étant insoutenable et avec l’attribution en Martinique de département d’Outre-Mer, la création d’un hôpital psychiatrique est facilitée sous la direction du Dr. Maurice Despinoy, le médecin à l’initiative du projet. À 14 km de Fort-de-France, au lieu-dit Coulson, du nom d’une famille ayant habité à cet endroit, l’hôpital d’une capacité de 118 places voit le jour dans un ancien « aérium » de la Marine nationale. Situé en pleine forêt tropicale et à l’origine sans grilles, plusieurs patients qui s’étaient échappés ont perdu la vie notamment à cause du trigonocéphale, ce serpent venimeux bien connu en Martinique.

Au fur et à mesure que les patients envoyés en Guadeloupe reviennent, de nouveaux pavillons sont construits dont nombreux sont encore d’époque aujourd’hui. Actuellement d’une capacité de 275 places, l’hôpital prend en charge des malades à la demande d’un tiers, en entrée libre ou par décision du représentant de l’État. Dans le cadre du soixantième anniversaire de l’établissement, le Conseil de Surveillance a délibéré et voté sa nouvelle dénomination : Centre Hospitalier Maurice Despinoy.

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