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L’éducation aux Antilles est l’un des domaines qui mérite le plus des adaptations spécifiques relatives au territoire de l’Outre-mer. Et c’est pour l’instant un des secteurs délaissés par le gouvernement. Il doit impérativement être revu et corrigé en profondeur.

Le système scolaire martiniquais recoupe trois gros problèmes de fond :

  • Un décalage historique et culturel
  • Un calendrier inadapté
  • Un découragement des professeurs

Ce sont ces trois défaillances qui handicapent fortement le système scolaire antillais.

En effet, le programme d’histoire a longtemps été le même que dans l’hexagone, ce qui créait un décalage historique et culturel avec la réalité du territoire. Les élèves martiniquais apprenaient par exemple qu’ils étaient comme tout Français, de chères petites têtes blondes descendantes des Gaulois. Alors que la richesse et la complexité historique ne peuvent être simplifiées en ce sens. Ce n’est que depuis le 12 juillet 2012, qu’une adaptation des programmes nationaux d’enseignement d’histoire-géographie-éducation civique a été faite pour les collectivités, les territoires et régions d’Outre-mer.

Deuxième focus, le calendrier et les horaires de cours qui rendent difficile l’apprentissage. Les vacances scolaires sont chamboulées par la période carnavalesque et sa préparation. C’est un constat qui peut être jugé de simpliste, mais il est à prendre en compte comme finalement beaucoup d’autres événements culturels aux Antilles. Les professeurs sont obligés de constater que le Carnaval influe sur l’attention des élèves ; poussant même certains d’entre eux à décrocher. Les horaires de cours, pensés en fonction du climat et des fortes températures, peuvent être aussi un élément perturbateur. Les élèves commencent très tôt pour théoriquement finir tôt et éviter la vague de chaleur. Mais ce n’est pas toujours le cas, surtout en ce qui concerne le supérieur.

Les professeurs souvent issus de la métropole sont projetés, par le jeu des mutations, dans ces territoires. Face à ces conditions qui s’apparentent parfois à un système D, ils sont désemparés et certains baissent les bras.

 

Ces défaillances du système renforcent psychologiquement et socialement ce sentiment de décalage, qui, combiné à l’éloignement géographique, se transforme en véritable sensation d’abandon aux yeux des Ultramarins.

On constate à la Martinique une variation fréquente du niveau scolaire des élèves. On observe que le niveau scolaire des jeunes martiniquaises est plus élevé que celui des martiniquais. Environ 90 % des filles atteignent le niveau baccalauréat contre 60 % des garçons. Ces variations sont dues aux facteurs mis en lumière précédemment, corrélés et amplifiés par la situation économique et sociale difficile. La jeunesse martiniquaise est donc (tout comme celle de Guadeloupe) déjà retardée par cela. En attendant des améliorations significatives globales sur le territoire, il y a conjointement, un problème de prise en charge personnalisée de chaque élève. Le pourcentage d’élèves des écoles élémentaires bénéficiant d’un programme personnalisé de réussite éducative n’est que de 4,72 % en Martinique.

Sur l’île, 26 % des 25-34 ans ayant quitté le système éducatif sont sans diplôme. Il y a un manque accru de formation au sein du territoire. La plupart des jeunes sont dès la fin du lycée amenés à s’expatrier en France hexagonale. Et là encore on nie l’handicap, du moins la charge émotionnelle et économique que cela provoque. De plus, cela participe à créer un phénomène de brain drain (fuite des cerveaux) au sein même du territoire français. Alors que cette région manque cruellement de dynamisme économique. En effet, les élèves prometteurs quittent l’île pour poursuivre leurs études. A défaut de quoi ce sont des formations professionnelles qui sont alors proposées aux étudiants. Souvent en alternance, elles nécessitent de trouver un patron, ce qui n’est pas une mince affaire lorsqu’on sait que le chômage est déjà très élevé. Ces formations pourraient a priori être une solution suffisante si elles étaient véritablement axées sur les emplois locaux, mais leur faible degré de qualification et de préparation à la vie professionnelle font qu’elles débouchent souvent sur un échec.  De fait, ces orientations, plus subies que voulues, précèdent trop souvent des sorties du système scolaire sans aucun diplôme.

Enfin, on constate un haut niveau de redoublement en Martinique : 4,62 % des familles demandent un redoublement pour leur enfant scolarisé. Les décisions de redoublement affectent 22,45 % des élèves concernés contre seulement 17,7 % en hexagone.

Quelques établissement sortent néanmoins du lot comme par exemple les lycées suivants qui, d’après une enquête du Parisien en 2016, ont intégré les 100 meilleurs lycées de France :

à la 26ème place : L’AMEP (lycée privé sous contrat)
à la 50ème place : Lycée polyvalent Joseph Zobel (Public)
à la 53ème place : Lycée polyvalent de Montgérald (Public)
à la 97ème place : Lycée Victor Schoelcher (Public)

Les chiffres évoqués plus haut devraient susciter une mobilisation plus importante des moyens publics. Ne pas le faire revient à condamner une partie de la jeunesse française, issue de l’Outre-mer. L’éducation devrait être un des points à débattre dans le cadre des Lois sur l’Egalité réelle. Les élèves de Martinique et leurs parents sont alors obligés de se rabattre sur des agences de cours particuliers assez coûteuses pour pallier aux défaillances du système.

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