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Inauguré le 10 mai 2015 par François Hollande, jour de la commémoration de l’abolition de l’esclavage, le Mémorial ACTe a depuis beaucoup fait parler de lui. Situé à Pointe-à-Pitre, sur le site de l’ancienne usine sucrière Darboussier, impossible de louper ce bâtiment de 240 mètres. Que ce soit en termes de coût, d’événements ou plus récemment de dégradations de la structure, le but initial est-il atteint ? Retour sur un projet pharaonique.

 

Naissance d’un projet

Comment est né ce projet ? D’abord par l’initiative du président du Conseil régional de l’époque, Victorin Lurel en 2004 et la Région Guadeloupe accompagnés par le Comité International des Peuples Noirs. Ce projet avait pour but de créer un lieu dédié à la mémoire collective de l’esclavage et de la traite. Le Mémorial ACTe devait décrire les terribles réalités subies par les victimes de l’esclavage trop souvent minimisées ou oubliées au détriment d’autres atrocités. Son nom a été choisi pour symboliser une résistance à l’acte. Avec des travaux débutés en 2008, c’est en 2015 que le bâtiment est enfin terminé, avec deux ans de retard (petite touche antillaise diront certains).

Au cours du temps, il a reçu la visite de nombreux chefs d’état mais également plusieurs prix dont le plus récent est le prix du musée 2017 du Conseil de l’Europe.

Malgré cet engouement, le Mémorial ACTe a fait l’objet de nombreuses critiques. Il faut savoir que dans un contexte économique difficile pour la Guadeloupe, ce n’est pas moins de 83 millions d’euros qui ont été débloqués pour la construction de la structure. Mélina Seymour, fondatrice du parti Ambition Guadeloupe, juge ce coût exorbitant. « Cette somme aurait dû être investie pour créer des emplois, notamment pour les jeunes Guadeloupéens, dont plus de la moitié sont frappés par le chômage », avance-t-elle. Rien ne garantit, selon Mélina Seymour, que le Mémorial ACTe réussisse à attirer des touristes métropolitains et américains, et à relancer l’offre touristique. À la base, les concepteurs du projet espéraient attirer 300 000 visiteurs par an, pour le moment les chiffres sont autour de 110 000. Un écart qui reste quand même assez considérable. Pourtant, ce ne sont pas les activités qui manquent. De quoi est composé le monument ?

  • D’une exposition permanente de 1 700 m2
  • D’une salle d’exposition temporaire de 700 m2 à programmation diverse
  • D’un espace de recherches généalogiques ouvert aux familles associé à une médiathèque
  • D’une bibliothèque de recherches ouverte à tous.
  • D’ateliers pédagogiques modulables
  • D’une salle polyvalente de 300 places pouvant accueillir spectacles vivants, projections, rencontres, séminaires, conventions ou autres événements.
  • D’un parc paysager : le Morne Mémoire
  • De plusieurs espaces de restauration dont un restaurant gastronomique
  • D’une terrasse évènementielle

 

Programmation

Pour ce qui est de l’exposition permanente, l’art contemporain occupe une place centrale au sein du Mémorial ACTe. De nombreuses œuvres d’art ont ainsi été intégrées dans le parcours. Des blocs de bois peints de toutes les couleurs, disposés en triptyque, que l’artiste guadeloupéen Thierry Alet a intitulés La Voleuse d’enfant, font face à des pendentifs Tumbaga, alliage d’or et d’argent, témoignage de la présence évidente des cultures amérindiennes avant l’arrivée de Christophe Colomb.

Les œuvres du Camerounais Pascale Marthine Tayou, de l’Américaine Kara Walker et du Guadeloupéen Shuck One invitent le visiteur à s’interroger sur les origines de l’esclavage, sur ses rituels, sur les rôles de maître et d’esclave, sur l’héritage laissé par les résistants, mais aussi sur la brutalité des peuples.

L’histoire de l’esclavage y est abordée dans sa globalité, de l’Antiquité à nos jours. Elle met l’accent sur l’histoire des esclaves en proposant de suivre leurs itinéraires. L’exposition évoque aussi le rôle des marchands négriers africains, sans qui les Européens n’auraient rien pu faire.

Pour les expositions temporaires, on retrouve par exemple celle sur Darboussier du 1er juillet au 3 septembre. D’autres événements sont programmés tout au long de l’année comme des concerts ou des spectacles de danse. Justement, pour fêter les deux ans du monument, un concert est organisé le 7 juillet en l’honneur de Bob Marley avec bon nombre d’artistes prévus comme Dominik Coco, Patrice Hulman ou encore Rony Théophile.

 

Le Mémorial ACTe en danger ?

Le Mémorial ACTe est situé dans une zone sismique, dans une partie de l’île particulièrement exposée aux vents violents et aux cyclones. Est-ce cela qui fragilise le monument ? En effet, il a été constaté que de nombreuses fissures apparaissent à plusieurs endroits, notamment au niveau du sol. Des bruits inquiétants, parlent de craquements, de dislocations des structures qui n’augureraient pas de la permanence du Mémorial ACTe. Plusieurs questions sont à se poser. Les entreprises sollicitées pour la construction du projet ont-elles été suffisamment vigilantes quant aux matériaux utilisés ? Par rapport au climat tropical de l’île, des précautions supplémentaires devaient-elles être prises ?Ou bien la construction a-t-elle été bâclée pour permettre une livraison en temps et en heure ? Si pour le moment, ce ne sont que quelques fissures, mais qui apparaissent seulement deux ans après la construction, dans quel état sera le bâtiment dans 10, 15, ou dans 30 ans ? La Guadeloupe, déjà sujette aux catastrophes naturelles n’a nul besoin de se retrouver au cœur d’un incident matériel lié à une quelconque négligence. C’est aujourd’hui au nouveau président du Conseil régional Ary Chalus, de faire le nécessaire. Et vite.

 

Il va sans dire que d’un point de vue historique, c’est une fierté pour la Guadeloupe d’avoir sur son territoire le premier monument dédié à l’esclavage. Ce n’est pas que pour les descendants d’esclave qu’il est important, c’est un travail de mémoire universel qui se doit d’être partagé et encouragé. Néanmoins, au vu du coût astronomique du projet et des premières dégradations, il faut se demander si le Mémorial Acte, à long terme, sera bénéfique aux premiers récepteurs du projet, à savoir le peuple guadeloupéen.

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